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  • 26e Festi Jazz de Rimouski – Jazzer pour la collectivité

    19 septembre, 2011   Isabelle St-Pierre Roy
    Le groupe Osmündazz a rejoint petits et grands dans un café bondé à Rimouski..
    Photo: N.Falcimaigne

    Rimouski —

    Le milieu culturel se serre les coudes au Bas-Saint-Laurent, et le Le Festi Jazz International de Rimouski entre dans la parade en rejoignant cette année la Coopérative Paradis. L’événement, qui vient de clôturer sa 26e édition avec 30 000 spectateurs, s’allie ainsi avec 10 autres organismes régionaux afin de cohabiter sous le même toit. Le « p’tit » nouveau solidifie donc ses fondations basées sur une solidarité toute régionale.

    Espace de travail, de création artistique et de diffusion, le Paradis soutient le milieu culturel en offrant un pignon sur rue ouvert à tous. L’initiative solidaire du festival ne s’arrête pas à ce regroupement. Elle prend racine dans des chaumières de la région, et ce depuis sa naissance.

    Le jour où les cartes furent mises sur la table

    « 1984 – Un petit groupe d’amoureux du jazz est réuni sur la rue de la Cathédrale. Ils discutent, ils jettent les bases d’un projet dans un bar et ils font passer l’idée à l’action », lance Marie-Thérèse Brunelle, présidente du conseil d’administration du Festi Jazz, devant bénévoles et médias.

    Si l’on parle d’alliance entre organismes, pour le Festi Jazz l’existence et le succès de l’événement passent par l’appui solidaire et l’implication que la population lui offre depuis 26 ans. « Il y a des gens qui ont été des balayeurs, des gardiens nuit, des monteurs de chapiteaux et cette implication de la population fait la réussite du Festi Jazz. Rimouski devient une des villes reconnues dans le circuit à travers le monde. C’est ce qui a fait la réussite, je sens la solidarité », mentionne André Pérusse, l’un des fondateurs du festival et récipiendaire du Héron d’or, prix remis chaque année afin de souligner la collaboration au sein de l’organisme.

    M. Pérusse se rappelle les débuts, « les mercredis jazz au bar le Rhinocéros, où vingt-cinq personnes étaient présentes. Les musiciens étaient utilisés à toutes les sauces ». Steeve St-Pierre, musicien et directeur de la programmation, se remémore ses premiers gazouillements sur les trottoirs. « Et maintenant, on me confit le mandat de coordonner l’événement », s’exclame-t-il devant un micro de la salle Desjardins-Telus.

    Aujourd’hui, le Festi-Jazz attire des milliers d’amateurs en plus d’artistes internationaux. Loin d’être assis sur leurs lauriers, les organisateurs souhaitent être en constante mouvance tout en laissant place à la relève. « Cette année fut une année de défis, nous avons pu développer de nouveaux projets dont la Vitrine de la relève et le tirage visant à soutenir le festival », mentionne la directrice générale, Annette LeBlanc. La dernière initiative permet au public de financer l’événement en achetant un coupon lors des cinq jours de festivités.

    En 2010, l’événement était dans le rouge d’un peu plus de 18 000 $. Un manque à gagner causé par des baisses de subventions. De la Ville de Rimouski aux petites entreprises privées, le milieu compense afin de faire vivre l’organisme. Mme Brunelle soutient qu’« avec les partenaires régionaux que l’on a, c’est vraiment tout Rimouski qui porte ce festival ».

    Un quart de siècle est passé et des notes de jazz résonnent toujours entre le fleuve et la cathédrale de Rimouski. Trente mille fervents ou néophytes se retrouvent sous les chapiteaux, dans les salles ou dans les bars lors de la fin de semaine de la fête du Travail.

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    Lire aussi: Le Paradis au cœur du quartier des spectacles [vidéo]

     

  • Le Paradis au cœur du quartier des spectacles

    7 mars, 2011   Nicolas Falcimaigne
    Une partie de l’équipe devant le Paradis actuel. – Photo: N.Falcimaigne

    Rimouski —

    Le Paradis déménage. Qui l’eût cru? Même Dieu ne le savait pas.

    Un projet de 15 millions $ permettra à la coopérative culturelle Paradis, de Rimouski, d’offrir aux six organismes qui en sont membres des locaux tout neufs, et même d’accueillir quatre nouveaux organismes.

    Le nouveau bâtiment sera construit au pied des futures et proverbiales Deux Tours, qui remplaceront la Grande Place, ce défunt centre d’achat actuellement en démolition après des décennies de bons et loyaux services dans le paysage du littoral rimouskois.

    Selon Claude Fortin, président de la coopérative et directeur général de Paralœil, l’objectif est d’offrir des espaces locatifs adéquats et à coût abordable aux organismes membres, tout en développant un lieu public qui permettra de générer de l’achalandage en plein centre-ville.

    Cela correspond à la mission d’origine de la coopérative, fondée en 2005 pour collectiviser la propriété de l’ancien cinéma Audito. Ce monument rimouskois avait été acheté en 2002 par Paralœil, organisme de production cinématographique fondé en l’an 2000. Paradis se voulait au départ une coopérative de gestion et d’utilisation d’équipement culturel, tout en assurant l’opération d’un café. Le nouveau projet porte ce mandat à un niveau inégalé en créant un complexe culturel au centre d’un quartier des spectacles.

    Aux quatre organismes culturels fondateurs du Paradis, Paralœil, Caravanserail, Le Mouton Noir et Tour de Bras, se sont ajoutés la Ligue d’improvisation de Rimouski (LIR) et le Théâtre L’Exil. Avec le projet de relocalisation couvrant 47 000 pieds carrés, de grosses pointures rejoignent les rangs. La Corporation des Métiers d’art, le Festi-Jazz de Rimouski, le Carrousel international du film de Rimouski et le Réseau des Organisateurs de Spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ) auront aussi pied sur rue entre le fleuve et la cathédrale.

    Le président Claude Fortin, Dominique Lapointe de Caravansérail (organisme membre de la coopérative), Thomas Aubert, membre de soutien et la directrice générale Julie Gauthier parlent de leur vision du projet:

    Julie Gauthier, directrice générale de la coopérative, précise que la croissance de l’équipe pourrait permettre bientôt l’ajout d’une catégorie de membres travailleurs, et quelques membres de soutien sont déjà actifs au sein de l’organisme. La dimension coopérative semble un élément mobilisateur pour la population et les partenaires. Thomas Aubert, membre de soutien, pense que « de nos jours, le modèle coopératif favorise un sentiment de confiance car il encourage davantage des agissements conformes à l’éthique ».

    Si le simple fait d’être regroupés dans un même projet permet aux membres de bénéficier d’un meilleur pouvoir de négociation avec les partenaires financiers publics et privés, d’un partage d’espaces commun et de la synergie créée autour d’un pôle culturel, le meilleur avantage coopératif reste le contrôle des membres sur le coût à long terme de leur espace locatif, et donc une stabilité de budget d’opération et de localisation.

    Voilà donc un modèle qui devrait faire école à l’échelle nationale.

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    Cet article a été publié simultanément dans le journal Le Mouton Noir: www.moutonnoir.com

  • Le Graffici 2.0 arrive en septembre après 10 ans en Gaspésie

    1 juillet, 2011   Caroline Pelletier
    Dès septembre, le journal Graffici s’étendra au web avec le lancement d’une nouvelle plate-forme.
    Photo: N.Falcimaigne

    New Richmond —

    Le Québec est reconnu pour sa presse indépendante, mais qui aurait cru qu’un leader se trouvait en Gaspésie ? Avec 37 000 copies qui entrent chaque mois dans les foyers gaspésiens, le journal Graffici est le journal coopératif avec le plus fort tirage au Québec. Il a récemment annoncé le lancement d’une toute nouvelle plateforme web, qui lui permettra de rejoindre la Gaspésie qui sommeille en chacun de nous.

    Lorsque le journal culturel Graffici, coopérative de solidarité, s’est installé à New Richmond en 2001, c’était dans une « volonté de doter la Gaspésie d’un média régional gratuit et de qualité fait pour et par les Gaspésiens », peut-on lire sur le site Internet du média. Dix ans plus tard, Graffici continue à s’imposer, par des « sujets traités en profondeur et une couverture non traditionnelle de l’information, affirme Benoit Trépanier, le nouveau directeur général du journal. C’est comme si on occupait un espace qui n’est pas occupé », ajoute-t-il. Les 37 000 copies distribuées gratuitement chaque mois rejoignent quelque 90 000 lecteurs.

    À mi-chemin entre le journal et le magazine, Graffici a adopté un virage généraliste en 2007. Selon M. Trépanier, « se redéfinir a aidé au développement de Graffici. » C’est aussi ce qui lui a permis de survivre financièrement. Puis en traitant autant d’actualité, d’affaires, de culture que de divertissement, le mensuel est devenu plus accessible et davantage représentatif du quotidien des foyers gaspésiens. « C’est le fun, vous parlez de nous », aime entendre M. Trépanier de la part des lecteurs.

    Coopérative d’information

    La structure coopérative du journal le distingue également des autres médias. Les membres obtiennent le droit de vote et peuvent participer aux décisions en échange d’une cotisation annuelle. La différence s’arrête toutefois là. Comme les autres médias, le budget de fonctionnement de Graffici repose essentiellement sur ses revenus publicitaires.

    Bien que les lecteurs soient encouragés à partager leurs commentaires avec la rédaction du journal,  il appert que peu participent aux assemblées du média. Arrivé en poste à la mi-juin, Benoit Trépanier en fait une priorité : « je veux augmenter la participation des membres à nos réunions. »

    Pour Gaston Stratford, communicateur d’expérience et ancien conseiller à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS), « tout média coopératif devrait entretenir une relation privilégiée avec ses membres. »

    « C’est le cas de toutes les coops, on s’attend à avoir des avantages », concède M. Stratford. Si le journal Graffici n’offre pas de réels avantages à ses membres, il n’en demeure pas moins qu’il offre un service collectif. Benoit Trépanier assure que les cotisations des membres permettent de « développer un sentiment d’appartenance au journal, en plus de contribuer à soutenir leur média papier ». Quant aux membres travailleurs, ils ont « l’avantage de contribuer à maintenir des emplois de qualité en région pour eux-mêmes », ajoute-t-il. Quoique les membres ne soient pas automatiquement des lecteurs de Graffici, les membres utilisateurs reçoivent certains rabais sur les services offerts.

    Dès septembre, le web

    Malgré que Graffici ait les pieds bien ancrés dans la communauté, les défis demeurent. Alors que tous se tournent vers les médias électroniques, M. Trépanier entend bien s’emparer du web à son tour. Une nouvelle plate-forme web d’information locale sera lancée dès septembre. Pour faire face aux plus gros joueurs, Gaston Stratford pense en effet que les médias écrits n’ont d’autre choix que d’envahir le web. Au passage, il ne peut s’empêcher de dénoncer l’attitude du chacun pour soi, trop souvent présente même chez des coopératives. Selon lui, elles n’auront un véritable impact que si elles collaborent ensemble. Du côté de la nouvelle plate-forme web de Graffici, son nouveau directeur prévoit déjà miser sur la collaboration avec d’autres médias communautaires afin d’enrichir son contenu.

    L’indépendance de Graffici aura permis de redéfinir l’information locale en Gaspésie. Avantages réels ou pas pour les membres, Graffici est tout de même distribué gratuitement dans tous les foyers. « Pour et par les Gaspésiens », demeure sa mission. La plate-forme web lui permettra maintenant de rejoindre les gaspésiens de cœur ou de sang, au-delà les frontières gaspésiennes.

  • Ensemble, les journaux belges gagnent contre Google

    9 juin, 2011   Nicolas Falcimaigne
    Le Soir, grand quotidien bruxellois, est membre de la coopérative des Journaux francophones belges (JFB).
    Photo: N.Falcimaigne

    Bruxelles —

    La Cour d’appel de Bruxelles a confirmé, le 5 mai dernier, le jugement intervenu en première instance en 2007, qui condamnait les pratiques de reproduction illégales en matière de droit d’auteur, de parties significatives d’articles de presse sur Google Actualités Belgique. Cette victoire de la presse doit beaucoup à la Société coopérative à responsabilité limitée Les Journaux Francophones Belges (JFB).

    Le Soir, important quotidien bruxellois, est membre de la coopérative. Son directeur général, Didier Hamman, voit dans le jugement une importante victoire collective. « Nous avons fait école dans l’ensemble du monde », s’exclame-t-il, avant d’ajouter que la protection des sources est un autre front sur lequel s’exerce la vigilance de la coopérative.

    « Notre action a contribué au vote de la loi sur le secret des sources de 2005 qui est une des plus protectrices des droits des journalistes, renchérit Catherine Anciaux, juriste chez JFB. Nous avons pu, à différentes reprises, arrêter des projets de loi ou d’autres mesures dont les effets auraient pu être dramatiques pour le secteur. L’action menée contre Google a permis la reconnaissance officielle, à deux reprises déjà, des droits des éditeurs de presse sur leurs contenus et l’obligation d’une autorisation préalable avant l’utilisation de ceux-ci par des tiers. »

    Lobbyisme et éducation

    Ensemble, les éditeurs ont un plus grand pouvoir de représentation et de lobbyisme. Ils peuvent également mettre en œuvre des projets d’éducation : « C’est extrêmement important ce que nous avons développé à la JFB, en terme d’apprentissage de la presse dans les écoles. Ça c’est une chose dont nous sommes très très fiers », souligne le directeur du Soir. Le grand groupe de presse privé auquel il appartient voit dans la s.c.r.l. JFB « une façon de se fédérer pour avoir une voix au niveau des États ».

    Si l’Association belge des éditeurs de journaux (ABEJ) regroupait depuis 1964 les éditeurs de tout le pays, c’est la décision des journaux flamands (néerlandophones) de fonder leur propre coopérative, en 1999, qui a poussé les journaux francophones de Wallonie et de Bruxelles à créer une nouvelle coopérative, précise Mme Anciaux. La question linguistique et nationale s’est polarisée en Belgique depuis quelques années. L’impasse politique, qui prive le pays d’un gouvernement depuis plus d’un an, se reflète dans les pages du Soir, dont l’orientation franco-fédéraliste est bien connue.

    Défis à venir

    Au nombre des enjeux sur lesquels la coopérative doit se pencher à l’avenir, M. Hamann cite la sensibilisation à la lecture, la concurrence des médias électroniques et publics, les enjeux de distribution, la fiscalité de la presse et le financement public. Il précise que la captation du marché publicitaire par l’État à la télé et sur le web devrait être remise en question. « C’est comme si vous étiez boulanger et que demain, l’État venait ouvrir une boulangerie à côté de chez vous ».

    Didier Hamann, directeur général du quotidien bruxellois Le Soir, voit dans le jugement une importante victoire collective.
    Photo: A.Dulude

    Sans hésiter, le directeur du quotidien bruxellois compare la transition technologique que subissent actuellement les médias à la difficile reconversion de l’économie qui a suivi l’effondrement de la sidérurgie, au XXe siècle, et qui a fait l’objet d’imposants plans de relance. Selon lui, la coopérative pourra donner un rapport de force au secteur de l’information pour obtenir l’aide de l’État. Par exemple, il serait nécessaire d’adapter la fiscalité : si le papier n’est pas taxable en Belgique, son équivalent web est soumis à une ponction de 21 %.

    Un géant de la presse

    Le Groupe Rossel déclare des revenus d’environ 500 millions d’euros par année et emploie 3 500 collaborateurs directs. Avec une centaine de filiales et une diffusion quotidienne de plus d’un million de journaux à 3,5 millions de lecteurs, il est le plus important groupe de presse belge. Son vaisseau amiral, Le Soir, tire à 95 000 exemplaires et rejoint près de 500 000 lecteurs.

    Cet empire, né lors de la création du Soir en 1887, est comparable à ceux qui publient les grands quotidiens du Québec. Il affiche dans ses communications les valeurs d’indépendance éditoriale et de dynamique entrepreneuriale. En clair, le conglomérat affirme conjuguer les avantages de la concentration économique et une très forte indépendance de la rédaction.

  • Des citoyens se mobilisent pour dire assez

    26 septembre, 2011   Vanessa Hébert
    Marie-Ève Rancourt, porte-parole des services sociaux et des opposants à la privatisation, s’adresse aux manifestants.
    Photo: V.Hébert

    Montréal —

    « Assez » est le message qu’envoyaient les 2000 citoyens venus manifester samedi le 24 septembre devant les bureaux de Jean Charest à Montréal. Les scandales s’entassent et s’accumulent. Plus les Québécois tentent d’y voir clair, plus la corruption est perceptible. Après les révolutions du Printemps arabe, la grogne semble avoir gagné l’Occident. Londres s’est enflammée cet été, puis New-York depuis le 17 septembre. Portrait d’un ras-le-bol universel.

    Certains étaient venus pour demander la démission du Premier Ministre du Québec. D’autres, pour dénoncer un système politique qui ne leurs ressemblent plus. Quelques-uns, pour exprimer leurs opinions sur la hausse des frais de scolarité. Peu importe l’idéologie qui les anime, plus de 2 000 manifestants venaient dire qu’ils en avaient marre des collusions régissant la construction au Québec. « Aujourd’hui, nous sommes des citoyens venus de tous les horizons pour crier notre indignation et notre colère face au gouvernement actuel », déclare la porte-parole des services sociaux et des opposants à la privatisation, Marie-Ève Rancourt.

    Pour une enquête publique

    Sur une affiche, il était écrit « Reconstruisons la construction ». Celle-ci appartenait à un entrepreneur en construction venu dénoncer ce qui se fait dans son milieu. Ne voulant plus être pris entre l’éthique et l’argent, Louis Mercure prend la parole : « On n’a pas le prix honnête pour payer décemment nos employés. » Coincé, il fait souvent face à des négociations qui nivellent les coûts vers le bas. « Ma revendication principale serait que la Commission de la Construction du Québec (CCQ), soit le général, la vraie police qu’elle fasse respecter les lois. » Pour l’instant, celle-ci n’exerce qu’un rôle que l’entrepreneur qualifie de brigadier : « La CCQ ne fait que gérer la circulation. »

    Pour la majorité des manifestants, la solution est une enquête publique. « Une enquête publique contraint les gens à parler. Mais, c’est pour le bien commun », exprime un jeune engagé, Jérémie Masson. En ce sens, l’enquête devant auditoire amènerait une profondeur à la question, ferait peur aux personnes impliquées et pourrait enrayer le cynisme ancré dans la mentalité québécoise face à la politique. Louis Mercure ne voit pas les choses de la même façon. « J’irais plus comme le propose M. Duchesneau : une enquête privée où les gens pourraient parler, sans rien dire devant public. Je pense à tous les inspecteurs de la CCQ qui pourraient raconter comment cela se passe. »

    Ras-le-bol universel

    « On vient parler des choses qui nous tiennent à cœur. On se tient ensemble », dit un jeune manifestant, Zacharie Jolin. La population du Québec n’est pas la seule à se réunir pour remettre en question la situation. À New York, une manifestation a lieu depuis le 17 septembre sur Wall Street pour dénoncer le système capitaliste qui ne profite qu’à une élite. Selon l’agence de presse Reuters, la police New-Yorkaise aurait interpellé 80 personnes sur plusieurs centaines de manifestants. Des vidéos des arrestations violentes faites lors de l’évènement circulent sur le web.

    Quoiqu’il en soit, 24 septembre n’est que le début d’une série de manifestations au Québec. « On se lève pour dire que qu’on a une voix et que l’on veut qu’elle soit respectée. Mais il y a un mais : si on veut que les choses changent, on ne peut pas aller se rasseoir », conclut Marie-Ève Rancourt. Une autre manifestation d’envergure s’annonce le 10 novembre à Montréal, contre la hausse des frais de scolarité.

    Jeunes manifestants criant des slogans. – Photo: V.Hébert

     

  • Prendre sa santé en main

    27 avril, 2011   Caroline Pelletier
    Avec des horaires flexibles, la possibilité de travailler moins d’heures et l’absence de travail administratif, la Coop Robert-Cliche a créé un milieu attrayant pour les jeunes médecins – Photo : M. Rodrigue, production vidéo

    Beauceville —

    Quand la MRC Robert-Cliche dans Chaudières-Appalaches remarque, en 2007, qu’aucun nouveau médecin de famille ne s’est établi dans la région depuis 1994, les autorités municipales proposent à la population d’implanter une coopérative de santé afin de doter le milieu d’une infrastructure attrayante pour dispenser les services publics de santé, et ainsi d’en accroître l’accèssibilité.

    Le projet de coopérative de santé Robert-Cliche prend forme en mai 2008 à Beauceville, avec comme objectif de « répondre au premier besoin exprimé par les familles de la région, qui est de concilier les horaires des services avec la vie familiale », explique Nancie Allaire, directrice de la Coop Robert-Cliche. La coop semble avoir relevé le défi, avec ses dix périodes de médecine sans rendez-vous en semaine, de jour comme de soir.

    Deux premiers points de service ont ouvert leurs portes en 2009, soit à Beauceville et à St-Victor. En 2011, la MRC comptera pas moins de trois points de service dans les trois villes les plus populeuses de la région. À l’automne, les  4 556 habitants de Saint-Joseph-de-Beauce auront eux aussi accès aux services de soins de santé de la Coop Robert-Cliche. La construction d’un nouvel établissement qui accueillera les locaux de la coop devrait débuter à la fin mai.

    Nancie Allaire est claire sur un point : il n’est pas question de faire de la concurrence à d’autres cliniques. La mission de la coop, c’est d’assurer le « maintien des services dans les communautés où ils existent déjà ». Selon elle, la coop n’est pas non plus la solution à tous les maux et ce n’est pas pour tous les milieux. Le plus important, c’est de « soutenir les médecins qui travaillent dans les milieux ruraux », ajoute-t-elle.

    Un milieu attrayant pour les jeunes médecins

    Le soutien aux médecins peut faire en effet toute la différence. Pour Dre Linda Fillion, le projet de coopérative lui a permis de continuer sa pratique. Dans le cabinet où elle travaillait avant, les problèmes de recrutement de nouveaux médecins et le travail d’administration de la clinique l’avait épuisée. « Opérer un cabinet toute seule était impensable, financièrement et physiquement », confie-t-elle.  Avec des horaires flexibles, la possibilité de travailler moins d’heures et l’absence de travail administratif, la Coop Robert-Cliche a créé un milieu attirant pour les jeunes médecins, comme pour ceux qui souhaitent ralentir un peu en fin de carrière. « Chez nous, les médecins font ce qu’ils aiment : ils pratiquent la médecine », affirme Mme Allaire. Il semble que la formule plaise : l’équipe de la Coop Robert-Cliche compte sept médecins de famille et quatre nouveaux devraient être embauchés d’ici deux ans.

    La mise sur pied d’une coopérative de santé a de quoi inspirer les régions, qui souvent peinent à avoir accès à des services de santé de proximité. Ce cas, représentatif de la trentaine de coopératives de santé membres de la Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec (FCSDSQ), démontre bien qu’une communauté peut « arrêter d’attendre après le gouvernement et se prendre en main », affirme fièrement Nancie Allaire. « Les cotisations de nos membres ont servi à mettre en place des infrastructures intéressantes », ajoute-t-elle. De 2009 à 2011, la coopérative est passée de 1 300 à 4 300 membres. Les cotisations des membres, jumelées aux autres revenus autonomes de la coop, représentent tout près de 50 % de ses revenus annuels.

    Alors que l’on remet en question l’efficacité du système public québécois, le modèle coopératif semble apporter un bon équilibre entre les besoins de la population et ceux du personnel de soins de santé. Il offre un milieu réellement axé sur le mieux-être de la communauté.

  • Les Serres de Guyenne : l’histoire d’une colonie coopérative

    28 septembre, 2011   Pascale Charlebois
    Aujourd’hui, les Serres de Guyenne constituent l’une des cinq plus grandes superficies serricoles du Québec. L’entreprise, qui emploie maintenant plus de cent personnes sur une base régulière, a diversifié sa production et cultive désormais des fleurs et des tomates vendues dans toute la province.
    Photo: N.Falcimaigne

    Rouyn-Noranda —

    La colonie coopérative de Guyenne : un modèle inadéquat ? Dans la foulée des grandes entreprises de colonisation lancées par Duplessis après la deuxième Guerre mondiale, le village de Guyenne, près d’Amos, devait jeter les bases d’un nouveau type de colonie axée sur la coopération et la gestion durable des forêts. Ce même gouvernement retira pourtant son appui à une entreprise de coopération, qui avait fait ses preuves. Malgré cela, Guyenne et ses habitants se tiennent encore fièrement debout aujourd’hui.

    Un modèle méconnu

    Dans les années quarante, le ministère de la Colonisation et les autorités cléricales qui le commandent favorisent le développement des terres abitibiennes. Commence alors l’implantation de colons venus des grandes villes dans l’espoir de se sortir enfin de la crise économique en se dotant d’une autonomie financière dont l’agriculture formerait la base.

    Dans l’ensemble des villages alors fondés, le canton de Guyenne présente une particularité qui assurera mieux qu’ailleurs le bien-être de ses citoyens, comme l’explique Robert Laplante, directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) et auteur du livre L’expérience de Guyenne. « Dans la promotion et la revendication de la colonisation, il y avait de véritables aspirations à l’émancipation économique. L’objectif était d’utiliser la colonisation pour changer la donne économique pour l’ensemble de la classe rurale et, par ricochet, pour l’ensemble des Québécois. On a voulu systématiser et faire une doctrine de cette entraide et cette doctrine, on l’a conceptualisée dans le modèle de colonisation en coopération qui a été réalisé et mis en œuvre dans la paroisse coopérative de Guyenne. »

    L’expérience pilote de Guyenne voit donc le jour à l’été 1947, avec pour objectifs de gérer efficacement les ressources collectives tout en facilitant l’établissement individuel. Dès les débuts, la coopérative s’appuie principalement sur la saine gestion des ressources forestières collectives. Le capital obtenu grâce à l’exploitation des lots communs permet ensuite le financement individuel des familles pour faciliter l’établissement ainsi que l’acquisition de matériel agricole ou de bétail. Pendant quinze ans, cette gestion collective des ressources permet aux gens de Guyenne de retrouver un équilibre financier beaucoup plus difficilement acquis dans d’autres colonies : « Les colons, dans la plupart des colonies, étaient soit privés du bois de leur lot parce qu’on les avait pillés avant qu’ils arrivent, soit encore étaient contraints par la pauvreté à le surexploiter pour trouver une pitance pour satisfaire les nécessités les plus urgentes », explique M. Laplante.

    Yolande Desharnais, pionnière de Guyenne, parle de l’expérience de cette colonie coopérative, dans le nord-est de l’Abitibi-Témiscamingue.

    Le modèle coopératif exigeait toutefois un engagement à long terme de la part de ses membres et le respect de certaines conditions. Non seulement les futurs citoyens de Guyenne devaient signer un contrat de 10 ans envers la coopérative, mais ils devaient également souscrire à un plan d’épargne obligatoire de 50 % de leurs revenus afin de financer leur établissement. Ainsi, la coopérative s’assurait à la fois de recruter des gens sérieux, mais de voir à son développement à long terme.

    C’est à partir des années 1960 que le rêve de Guyenne devient utopie. Utopie d’un monde qui va à l’encontre des choix gouvernementaux qui privilégient l’investissement des capitaux étrangers au détriment des communautés locales. L’Union nationale met alors fin unilatéralement à l’entente qui permettait aux colons de Guyenne l’exploitation forestière de leurs lots collectifs. Comme en témoignent les films de Pierre Perreault, l’Abitibi était alors entièrement remise en question par le ministère et ses agronomes, qui voyaient en elle une erreur historique et prévoyaient la fermeture de plusieurs paroisses, dont celle de Guyenne.

    En 1972, la petite scierie, qui assurait l’autonomie du village quant à l’exploitation forestière tout en permettant à ses colons de compléter leur année de travail (l’hiver étant réservé à la coupe du bois et la période estivale à l’agriculture), se voit fermée par le gouvernement. Commencent alors des années de misère pour les citoyens de la coopérative : « Dans les années 80, beaucoup de familles ont eu peur et sont parties. Comme c’était des familles très nombreuses, la population a vite baissé et l’école a été menacée. C’est avec un projet local qu’on a réussi à garder l’école ouverte, mais on payait nous-mêmes le transport, les professeurs et l’entretien de l’école », relate Yolande Desharnais, pionnière de Guyenne.

    Redressement de la coopérative

    C’est lorsque le ministère de l’Énergie et des Ressources lance un appel d’offre pour la production, en serres, de plants d’arbres destinés au reboisement, que les coopérateurs de Guyenne reprennent espoir. La construction des serres et l’acquisition de ce nouveau mandat par le gouvernement assure dès lors la relance économique du village.

    Aujourd’hui, les Serres de Guyenne constituent l’une des cinq plus grandes superficies serricoles du Québec. L’entreprise, qui emploie maintenant plus de cent personnes sur une base régulière, a diversifié sa production et cultive désormais des fleurs et des tomates vendues dans toute la province.

     

  • Exclusif : Pont Champlain – un PPP-Coop

    1 avril, 2011   Nicolas Falcimaigne
    Le pont Champlain est le plus achalandé au Canada, avec 59,4 millions de véhicules par année, dont 8 % sont des camions, qui y transportent des marchandises totalisant 20 milliards $. – Photo : Tobie Charette*

    Brossard —

    Veuillez noter que cet article, publié à l’occasion du premier avril 2011, est une fiction, tout comme plusieurs autres articles publiés dans les journaux ainsi que le veut la tradition. Les faits relatés n’ont pas eu lieu. Nous remercions les personnalités publiques réelles auxquelles le texte fait référence pour leur aimable compréhension.

    Le candidat conservateur de Brossard – La Prairie, Maurice Brossard, a annoncé ce matin l’engagement de son parti pour la construction d’un nouveau pont Champlain réalisé en partenariat public-privé (PPP) coopératif. Le parti de Stephen Harper a créé la surprise en prenant une décision aussi rapide après la publication du rapport du consortium de firmes de génie-conseil, dont les recommandations étaient clairement en faveur d’un PPP.

    Ce consortium, qui réunit BPR, Cima+, Dessau et Egis, a rejeté le mode de réalisation traditionnel (public) et le mode design-construction, considérant qu’un PPP confie la responsabilité de l’entretien à long terme aux partenaires de la construction, lesquels auraient donc intérêt à soigner la conception.

    M. Brossard a soutenu qu’en choisissant la solution coopérative, son équipe souhaitait aussi « susciter l’engagement de la communauté d’utilisateurs dans le projet à long terme ». Il a expliqué que le partenariat regrouperait à parts égales les deux paliers de gouvernement, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), deux firmes privées et une coopérative d’utilisateurs.

    Avantages financiers et démocratiques

    La souscription de parts sociales par les utilisateurs du pont (automobilistes, compagnies de transport routier, usagers du transport en commun) rendrait ceux-ci éligibles à d’avantageux tarifs membres, ainsi qu’à une représentation au comité de gestion du projet. Par ailleurs, cette structure assurerait la mainmise des citoyens sur les deux tiers du projet, soit par le truchement de la coopérative, soit par celui de leurs élus.

    Questionné sur le fait qu’habituellement, une coopérative est créée par et pour les citoyens plutôt que par l’État, le candidat Brossard a reconnu que la démarche est audacieuse, mais qu’il faudra s’y habituer. En effet, a-t-il dit, « un gouvernement conservateur remettra le citoyen à l’avant plan, en lui permettant d’exercer un pouvoir sur le développement de son milieu. Dans des dossiers d’une telle envergure, c’est à l’État de l’y inviter ».

    « Un gouvernement conservateur remettra le citoyen à l’avant plan. »
    Maurice Brossard, candidat conservateur Brossard – La Prairie

    Évalué à six milliards $, le coût de construction partagé à parts égales représenterait pour la coopérative une charge d’un milliard $. Une fois cette charge répartie entre les 165 000 véhicules et les 18 000 passagers quotidiens, c’est donc une moyenne de 5 000 $ qu’il faudrait souscrire en parts sociales pour devenir membre. Pour favoriser l’adhésion des membres, le plan conservateur propose d’étaler le versement sur dix ans et de proposer un abonnement avantageux aux titres de transport ou de passage pour la même période.

    « Pour un investissement de 45 $ par mois, le nouveau pont Champlain devient votre pont, pour la vie, et un héritage à transférer à vos enfants », s’est enflammé M. Brossard, tout en précisant que les tarifs de péage offerts aux non-membres seraient deux fois plus élevés que ceux dont bénéficieraient les membres. Le plan d’affaire n’étant pas complété, le candidat n’a pas pu préciser comment se déclineraient ces tarifs.

    Vers un bras de fer intergouvernemental ?

    Du côté de l’État, c’est donc un engagement d’un milliard que viennent d’annoncer les Conservateurs. La structure proposée semble impliquer que Québec augmente sa participation au-delà de ce qui est prévu par la constitution. Selon le partage des compétences, la responsabilité provinciale pour ce projet est limitée à l’emprise du transport en commun. Le premier ministre sortant, Stephen Harper, qui a déjà contrarié Québec en promettant hier une aide financière au projet du Bas-Churchill, s’est-il engagé anticonstitutionnellement dans une partie de bras de fer avec le gouvernement québécois ?

    Le candidat Brossard fait valoir qu’il s’agit d’une situation d’urgence exceptionnelle et que le pont Champlain est le plus achalandé au Canada, avec 59,4 millions de véhicules par année, dont 8% sont des camions, qui y transportent des marchandises totalisant 20 milliards $. Ouvert à la circulation le 28 juin 1962 après cinq années de travaux, l’ouvrage s’étend sur une longueur de 3 441 mètres et enjambe la Voie maritime du Saint-Laurent avec 36,6 mètres de dégagement.

    Urgence

    C’est suite aux conclusions de deux études, rédigées par la firme Delcan en décembre, que le gouvernement fédéral a envisagé le remplacement du pont. Selon les experts, « les défaillances et les risques associés sont tels que le pont Champlain doit être remplacé par une nouvelle structure. Un processus rapide doit être enclenché afin que le remplacement commence le plus tôt possible. En attendant, les travaux actuels de réhabilitation doivent se poursuivre ».

    Pour pousser le gouvernement conservateur à l’action, un mouvement s’est créée autour des maires de la Rive-Sud et de la Montérégie, appuyés par la chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud et par la Fédération des chambres de commerce du Québec. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, à également appuyé cette mobilisation en présentant une résolution à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), dont il est président.

    « Les gens sont prêts à payer pour autant qu’il y ait des services et qu’on réduise de façon importante la congestion », affirmait M. Tremblay, ajoutant que « le pont de l’autoroute 25 a été réalisé de façon accélérée parce qu’il y a un péage. Le pont n’était pas encore opérationnel qu’il y avait déjà 15 000 abonnés ».

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    Voir aussi une sélection des meilleurs poissons d’avril 2011 présentée par Vincent Grou et Florent Daudens, de Radio-Canada: 

    • Quelques poissons d’avril électoraux
    • La revue du web – Spéciale poissons d’avril

    * Image utilisée et diffusée en vertu de la licence Creative Commons CC-BY-SA-2.0 CA

    Ce poisson d’avril est publié légalement en vertu des droits acquittés à Groupon April Fools’ Day™

  • Livre vert pour une politique bioalimentaire – réactions mitigées

    26 juin, 2011   Marc Ouimet Actualité
    «L’agriculture, ça relève de choix sociaux et même d’une culture sociale puisque l’alimentation reflète ce qu’on est, l’héritage culturel qui est le nôtre et les spécificités de notre territoire.» – Claire Bolduc, présidente de Solidarité Rurale du Québec.
    Photo: N.Falcimaigne

    Montréal —

    Le milieu agricole attendait le Livre Vert publié le 7 juin dernier par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) depuis un certain temps. Trois ans après le dépôt du rapport Pronovost issu de la Commission sur l’avenir de l’agriculture, l’ensemble des acteurs de l’agroalimentaire québécois s’attendait à y retrouver un ensemble de pistes d’action qui contribuerait à débloquer la situation de ce secteur en crise. Plusieurs ont été déçus.

    Pour fondamental qu’il puisse être, l’enjeu de l’agriculture connaît peu de résonance médiatique au Québec, sinon qu’en ce qui touche à ses aspects les plus criants : fermetures et faillites d’un nombre croissant de fermes, isolement, détresse psychologique et même suicide chez les producteurs, etc. Ces différents problèmes, bien réels, ne sont cependant que la pointe de l’iceberg d’une problématique beaucoup plus profonde.

    Ainsi, pour Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec, le fond du problème réside dans la perception qu’on a développé de l’agriculture. « On en a fait une activité strictement économique alors que c’est une activité socio-économique dont les implications sont fondamentales pour une société. L’agriculture, ça relève de choix sociaux et même d’une culture sociale puisque l’alimentation reflète ce qu’on est, l’héritage culturel qui est le nôtre et les spécificités de notre territoire. C’est aussi, justement, une question d’occupation du territoire puisque 95 % du territoire habité du Québec a une vocation agricole. Manger, c’est un besoin fondamental, si on dépend de l’extérieur pour ça, on n’a plus aucune prise sur notre société. »

    La stratégie du Livre Vert

    La stratégie mise de l’avant par le Livre Vert du MAPAQ est d’abord centrée sur la valorisation des produits québécois. L’objectif est de mettre en valeur les caractéristiques distinctives de ces produits, d’en assurer la qualité et d’en valoriser la mise en marché. Le MAPAQ mise également sur le renforcement de la capacité concurrentielle du secteur agroalimentaire québécois, de même que sur la valorisation de l’environnement et du territoire du Québec.

    Ces orientations, sans aller à l’encontre des recommandations du rapport Pronovost, apparaissent cependant assez vagues en regard de l’analyse détaillée et sans complaisance qui était issue de la Commission sur l’avenir de l’agriculture. De fait, le Livre Vert ne constitue pas un énoncé de politique, mais plutôt un document préparatoire à une consultation devant se tenir à l’automne, la conclusion du document évoquant à cet égard 16 questions devant orienter les discussions des intervenants.

    Le temps des décisions et de l’action

    Certains, notamment l’Union des producteurs agricoles (UPA) qui s’était montrée critique à l’endroit de certaines conclusions du rapport, y voient un processus de consultation intéressant. Pour autant que la valorisation proposée des produits agricoles ne passe pas devant les producteurs eux-mêmes, de dire Patrice Juneau, conseiller aux affaires publiques de l’organisme. D’un côté, l’UPA voit d’un bon œil l’intégration dans le Livre Vert d’enjeux qu’elle avait elle-même soulevés, comme « l’importance de distinguer les produits alimentaires québécois, l’appui à la relève et à la mise en œuvre de plans de développement sectoriels ». D’autre part, plusieurs interrogations subsistent aux yeux de l’UPA, notamment quant au modèle d’agriculture que le gouvernement entend favoriser. De récentes décisions relatives aux programmes d’aide aux producteurs ouvrent en effet la porte à une agriculture à deux vitesses, « soit l’agro-industrie et les méga-fermes d’un côté et l’agriculture de loisir de l’autre ».

    Pour plusieurs autres intervenants, comme Roméo Bouchard, fondateur et ancien président de l’Union paysanne et également instigateur de la coalition SOS Pronovost, il s’agit cependant d’un retour en arrière, ces questions ayant déjà été traitées dans le rapport en 2008. Selon Roméo Bouchard, le rapport Pronovost s’était attelé à repenser le modèle de l’agriculture québécoise, qui est dans une impasse, et c’est justement cette dimension fondamentale qui semble avoir été écartée du Livre Vert. « Si on maintient ce modèle-là, ce qu’il reste d’agriculteurs indépendants vont être avalés par les grands intégrateurs », rendant presque impossible l’émergence d’une agriculture plus diversifiée. Ainsi, c’est le modèle de financement qui doit être revu pour permettre aux producteurs indépendants et biologiques de survivre, les subventions à la pièce n’étant pas suffisantes pour avoir un effet structurant auprès de ces producteurs, alors que les grands producteurs (environ 15 % de l’ensemble) reçoivent actuellement de 80 % à 85 % du total des subventions.

    Or, aux dires de plusieurs, cette situation est intenable et il y a urgence en la demeure. Comme le fait remarquer Claire Bolduc, « on n’en peut plus des consultations, on a besoin de directions claires, d’avoir des outils concrets pour avancer. Ils ont les bonnes directions, il faut maintenant qu’ils prennent des décisions. Ça prend de la volonté et du courage pour aller vers ça, mais c’est justement ce qui semble faire défaut au gouvernement. »

     

  • Avez-vous la carte Air Miles ?

    Gabrielle Thibault-Delorme
    Si l’on n’y prend garde, on risque d’accumuler beaucoup de ces cartes de plastique. Que représentent-elles vraiment?
    Photo: G.Thibault-Delorme

    Québec —

    Dans de nombreux magasins, les caissiers entonnent ce même refrain : « Avez-vous la carte Air Miles ? » Les programmes de fidélisation ont pris de l’expansion, proposant des primes à la clientèle en échange de points obtenus par achat. Ces avantages offerts par les compagnies en valent-ils seulement la chandelle ? En face, les coopératives offrent des privilèges à leurs membres, qui peuvent sembler similaires, mais elles leur donnent surtout la propriété de l’entreprise. De quoi placer le consommateur en haut de l’échelle.

    Un million de timbres-primes

    Le fonctionnement des programmes de fidélisation est simple. L’achat de biens ou de services au sein d’une compagnie permet l’obtention de points échangeables contre des primes. Le système de pointage est spécifique à chaque compagnie et la valeur de ces points n’est pas équivalente d’un programme à l’autre.

    Les primes peuvent se composer de biens, tels que des caméras numériques ou des billets de spectacles, de réductions sur les prix, des services ou des privilèges. Cette dernière catégorie se présente surtout dans les programmes de fidélisation qui proposent une hiérarchisation par paliers. Lors de l’atteinte d’un nombre de points, le client obtient un statut particulier et des avantages conséquents.

    Le consommateur-propriétaire

    Du côté des coopératives, les membres peuvent obtenir des gains financiers par le biais de ristournes, réparties proportionnellement selon les opérations effectuées par chaque membre. Ils peuvent également profiter d’une réduction de coût des produits.

    Dans le cas d’une coopérative de producteurs, telles que les coopératives agricoles, cela se traduit par une réduction du coût des intrants nécessaires à la production. Pour les coopératives de consommateurs, le statut de membre donne souvent accès à une réduction des coûts d’achat des biens vendus par la coopérative. La Fédération des coopératives d’alimentation du Québec regroupe plus de 60 coopératives.

    Au contraire du client utilisateur d’un programme de fidélisation, le membre d’une coopérative possède une partie de l’entreprise. Pour cette raison, il peut participer et voter aux assemblées, suivant la règle « un membre, un vote ». Le nombre de votes alloués demeure le même, peu importe les opérations du membre et les différences de coût des parts sociales.

    Le droit de vote ne peut être accordé par procuration, afin d’éviter que la prise de décision se retrouve entre les mains d’un groupe restreint d’individus. Par son statut, le membre a donc un droit de regard sur la création de l’entreprise, les profits générés par celles-ci et la répartition de ces profits. Ces avantages liés au statut influencent donc les gains monétaires perçus par le membre.

    Qu’est-ce qu’on y gagne ?

    Le membre d’une coopérative exerce un contrôle sur ses gains, ce qui n’est pas le cas pour l’utilisateur d’un simple programme de fidélisation, pour lequel cette influence se résume à l’achat ou non d’un bien. Selon le Rapport 2004-2005 de l’Union des consommateurs, plusieurs éléments mettent en perspective les avantages de l’utilisateur de tels programmes :

    • Kurt Johnson (Direct Marketing) affirme dans son article Making Loyalty programs more rewarding, que le ratio dépense/gain doit être égal ou supérieur à 2 % pour qu’il soit profitable et donc remarqué par le consommateur. Le rapport de l’Union des consommateurs précise que seul le programme Aéroplan dépasse ce pourcentage. La majorité des programmes se situent donc sous cette limite.
       
    • La perspective d’obtention de récompenses encourage le consommateur à acheter soit une plus grande quantité de biens, soit des biens de meilleure qualité ou d’un prix plus élevé que s’il ne participait pas à un tel programme.
       
    • Le jumelage de cartes de crédit et de programmes de fidélisation encourage un plus grand endettement chez le consommateur.
       
    • La valeur des primes proposées dépasse parfois la valeur réelle de ces primes sur le marché.

    Les programmes de fidélisation s’avèrent intéressants pour les gros utilisateurs, tels que les gens qui voyagent pour leur travail ainsi que pour les employés de compagnies (aériennes, financières ou autres) qui détiennent de tels programmes. Cependant, au contraire des coopératives, ils n’offrent jamais la propriété de l’entreprise.