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  • Politique bioalimentaire : réactions mitigées au Livre vert

    26 juin, 2011   Marc Ouimet
    «L’agriculture, ça relève de choix sociaux et même d’une culture sociale puisque l’alimentation reflète ce qu’on est, l’héritage culturel qui est le nôtre et les spécificités de notre territoire.» – Claire Bolduc, présidente de Solidarité Rurale du Québec.
    Photo: N.Falcimaigne

    Montréal —

    Le milieu agricole attendait le Livre Vert publié le 7 juin dernier par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) depuis un certain temps. Trois ans après le dépôt du rapport Pronovost issu de la Commission sur l’avenir de l’agriculture, l’ensemble des acteurs de l’agroalimentaire québécois s’attendait à y retrouver un ensemble de pistes d’action qui contribuerait à débloquer la situation de ce secteur en crise. Plusieurs ont été déçus.

    Pour fondamental qu’il puisse être, l’enjeu de l’agriculture connaît peu de résonance médiatique au Québec, sinon qu’en ce qui touche à ses aspects les plus criants : fermetures et faillites d’un nombre croissant de fermes, isolement, détresse psychologique et même suicide chez les producteurs, etc. Ces différents problèmes, bien réels, ne sont cependant que la pointe de l’iceberg d’une problématique beaucoup plus profonde.

    Ainsi, pour Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec, le fond du problème réside dans la perception qu’on a développé de l’agriculture. « On en a fait une activité strictement économique alors que c’est une activité socio-économique dont les implications sont fondamentales pour une société. L’agriculture, ça relève de choix sociaux et même d’une culture sociale puisque l’alimentation reflète ce qu’on est, l’héritage culturel qui est le nôtre et les spécificités de notre territoire. C’est aussi, justement, une question d’occupation du territoire puisque 95 % du territoire habité du Québec a une vocation agricole. Manger, c’est un besoin fondamental, si on dépend de l’extérieur pour ça, on n’a plus aucune prise sur notre société. »

    La stratégie du Livre Vert

    La stratégie mise de l’avant par le Livre Vert du MAPAQ est d’abord centrée sur la valorisation des produits québécois. L’objectif est de mettre en valeur les caractéristiques distinctives de ces produits, d’en assurer la qualité et d’en valoriser la mise en marché. Le MAPAQ mise également sur le renforcement de la capacité concurrentielle du secteur agroalimentaire québécois, de même que sur la valorisation de l’environnement et du territoire du Québec.

    Ces orientations, sans aller à l’encontre des recommandations du rapport Pronovost, apparaissent cependant assez vagues en regard de l’analyse détaillée et sans complaisance qui était issue de la Commission sur l’avenir de l’agriculture. De fait, le Livre Vert ne constitue pas un énoncé de politique, mais plutôt un document préparatoire à une consultation devant se tenir à l’automne, la conclusion du document évoquant à cet égard 16 questions devant orienter les discussions des intervenants.

    Le temps des décisions et de l’action

    Certains, notamment l’Union des producteurs agricoles (UPA) qui s’était montrée critique à l’endroit de certaines conclusions du rapport, y voient un processus de consultation intéressant. Pour autant que la valorisation proposée des produits agricoles ne passe pas devant les producteurs eux-mêmes, de dire Patrice Juneau, conseiller aux affaires publiques de l’organisme. D’un côté, l’UPA voit d’un bon œil l’intégration dans le Livre Vert d’enjeux qu’elle avait elle-même soulevés, comme « l’importance de distinguer les produits alimentaires québécois, l’appui à la relève et à la mise en œuvre de plans de développement sectoriels ». D’autre part, plusieurs interrogations subsistent aux yeux de l’UPA, notamment quant au modèle d’agriculture que le gouvernement entend favoriser. De récentes décisions relatives aux programmes d’aide aux producteurs ouvrent en effet la porte à une agriculture à deux vitesses, « soit l’agro-industrie et les méga-fermes d’un côté et l’agriculture de loisir de l’autre ».

    Pour plusieurs autres intervenants, comme Roméo Bouchard, fondateur et ancien président de l’Union paysanne et également instigateur de la coalition SOS Pronovost, il s’agit cependant d’un retour en arrière, ces questions ayant déjà été traitées dans le rapport en 2008. Selon Roméo Bouchard, le rapport Pronovost s’était attelé à repenser le modèle de l’agriculture québécoise, qui est dans une impasse, et c’est justement cette dimension fondamentale qui semble avoir été écartée du Livre Vert. « Si on maintient ce modèle-là, ce qu’il reste d’agriculteurs indépendants vont être avalés par les grands intégrateurs », rendant presque impossible l’émergence d’une agriculture plus diversifiée. Ainsi, c’est le modèle de financement qui doit être revu pour permettre aux producteurs indépendants et biologiques de survivre, les subventions à la pièce n’étant pas suffisantes pour avoir un effet structurant auprès de ces producteurs, alors que les grands producteurs (environ 15 % de l’ensemble) reçoivent actuellement de 80 % à 85 % du total des subventions.

    Or, aux dires de plusieurs, cette situation est intenable et il y a urgence en la demeure. Comme le fait remarquer Claire Bolduc, « on n’en peut plus des consultations, on a besoin de directions claires, d’avoir des outils concrets pour avancer. Ils ont les bonnes directions, il faut maintenant qu’ils prennent des décisions. Ça prend de la volonté et du courage pour aller vers ça, mais c’est justement ce qui semble faire défaut au gouvernement. »

     

  • Le métro passera par Saint-Ailleurs

    8 mai, 2011   Nicolas Falcimaigne
    Paul-Albert Brousseau, garagiste et maire de Saint-Ailleurs-de-l’Avenir, a présenté L’Écho de L’Avenir à la presse.
    Photo: N.Falcimaigne

    Montréal —

    Du 19 au 21 mai, la ruralité débarque à Montréal. C’est au Complexe Desjardins que s’installera Saint-Ailleurs-de-l’Avenir, un village de 1 124 habitants. Solidarité rurale du Québec, qui fête ainsi ses 20 ans, a poussé le concept jusqu’à l’élection d’un maire et l’édition d’un hebdomadaire régional. Le maire de Saint-Ailleurs, Paul-Albert Brousseau, a donc rencontré la presse cette semaine pour en faire l’annonce.

    « Nous sommes très fiers de notre petite localité, a déclaré le maire Brousseau. Pourtant, personne ne nous connaît. Alors nous prenons les grands moyens pour faire connaître notre village en le déménageant à Montréal. Saint-Ailleurs-de-l’Avenir deviendra ainsi le premier village au Québec, et probablement au monde, à profiter des services d’une station de métro! C’est dire toute notre volonté de partager avec les urbains l’effervescence de notre ruralité. »

    Ominum esse possibilis

    « Tout est possible. » C’est la devise de Saint-Ailleurs. En plus de découvrir ce qui se fait de mieux dans les régions, que ce soient des innovations technologiques au parc industriel ou des productions artistiques sur le parvis de l’église, les citoyens pourront participer à des « débats enflammés sur la ruralité et l’urbanité » au café du village.

    Par cette initiative, Solidarité rurale du Québec souhaite surtout briser le silence qui sépare urbains et ruraux. « Nous observons et défendons le monde rural depuis maintenant 20 ans, précise Claire Bolduc, présidente de la coalition. Ce dernier a énormément changé au fil des ans, s’est relevé après chaque crise, a réussi à se réinventer. Au moment de fêter les 20 ans des États généraux du monde rural, il nous importait que le monde urbain redécouvre cette ruralité telle qu’elle est aujourd’hui; dynamique, créative et fière. »

    L’installation du village s’inscrit dans l’événement Ruralia, du 16 au 21 mai, qui célèbre l’anniversaire par la tenue simultanée de la Formation nationale annuelle des agents de développement rural, de la Conférence nationale, de la Journée de la ruralité et d’un Banquet-bénéfice.

    L’Écho de L’Avenir

    Le maire a aussi procédé au lancement de la première édition de l’hebdomadaire de Saint-Ailleurs, L’Écho de l’Avenir. Le village installé au cœur du Complexe Desjardins bénéficiera ainsi d’un média d’information, qui sera inséré dans Le Devoir du samedi 14 mai.

    Dans les pages de L’Écho de L’Avenir et dans les rues de Saint-Ailleurs, les citoyens découvriront les nombreuses initiatives qui marquent le développement du monde rural, partout au Québec. De la bioraffinerie régionale à la tablette numérique, en passant par les coopératives de santé et l’école en réseau, bien des surprises attendent les urbains, qu’ils aient encore ou non quelques préjugés envers la campagne.

    Ils y trouveront également des regards diversifiés sur la ruralité. Claire Bolduc, Christian Bourque, Monique F. Leroux, Bernard Généreux, Jean-Paul Lallier, Michel Ledru et John Parisella ont répondu aux questions des journalistes de L’Écho. Ils y donnent un avant-goût de leur intervention lors de la Conférence nationale.

    Pour se donner ainsi accès à une information de qualité sur les enjeux de son milieu, la municipalité de Saint-Ailleurs a fait appel à la toute nouvelle Coopérative de journalisme indépendant, fondée en février à Trois-Pistoles, au Bas-Saint-Laurent, et éditeur du journal Ensemble.

     

  • De Rimouski à Montréal: on a marché pour la prochaine génération

    20 juin, 2011   Mathieu Champoux
    Tous ensemble, ils ont marché vers le bureau du premier ministre du Québec pour lui signifier leur mécontentement.
    Photo: M.Champoux

    Montréal —

    Partis de Rimouski à pied pour demander un moratoire de vingt ans sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste au Québec, des citoyens des quatre coins de la province sont arrivés ce samedi 18 juin à Montréal, dans le cadre d’une marche organisée par la campagne Moratoire d’une génération. Pour souligner leur arrivée, une grande manifestation a été organisée par une coalition d’organisations et de citoyens.

    Réunis par centaines, c’est d’abord sous les yeux ébahis du public que les marcheurs ont envahi la station de métro Longueuil pour faire entendre leur message. Ils ont ensuite emprunté le pont Jacques-Cartier et dévoilé une immense bannière qui s’étendait sur la presque totalité du pont. Après 666 km de marche dans 33 municipalités du Québec, c’est à Montréal qu’ils sont venus chercher leurs derniers appuis.

    Témoignages citoyens

    Et des appuis, ils en ont eu : klaxons et cris de support se sont fait entendre tout au long du parcours. De quoi faire taire le Ministre de l’environnement, Pierre Arcand qui affirmait encore récemment que les opposants aux gaz de schiste « représentaient une minorité ».

    Venue de Saint-Louis-sur-le-Richelieu, Odette Larin, voisine d’un puits, est venue avec ses enfants témoigner de l’expérience qu’elle vit depuis 2007. Depuis 4 ans elle subit « vapeurs nocives, irritations respiratoires, explosions en pleine nuit et trafic lourd sur des voies résidentielles ». Loin de l’avenir qu’elle dit vouloir léguer à ses enfants, elle affirme avoir deux choix : la fuite ou l’affrontement.

    Les représentants de Talisman Energy, l’une des principales compagnies gazières détenant des droits d’exploration sur la vallée du Saint-Laurent, n’ont pas répondu à nos questions.

    Arrivée triomphale

    Pour couronner leur périple, une immense foule de plus de 10 000 personnes attendait les marcheurs à leur arrivée devant les bureaux d’Hydro-Québec. Politiciens, artistes et groupes environnementaux ont alors joint la marche, dont Pauline Marois, Amir Khadir, Armand Vaillancourt et Gérald Larose.

    Tous ensemble, ils ont alors marché vers le bureau du premier ministre du Québec pour lui signifier leur mécontentement. Ils ont marché pour obtenir un moratoire de 20 ans sur l’exploitation des énergies fossiles au Québec mais aussi pour réveiller les citoyens et ainsi reprendre la gouverne d’une société sur des enjeux environnementaux qui la concernent plus que jamais.
    Pablo Lugo Herrera, citoyen de Joliette qui a fait la grève de la fin pendant près de 40 jours en février et mars dernier pour demander un moratoire sur les gaz de schiste et une enquête sur l’industrie de la construction, est au rendez-vous : « je marche parce que notre démocratie est en péril ».

    Philippe Duhamel, organisateur de la Marche pour un moratoire d’une génération – Entrevue intégrale et exclusive

    Le gouvernement contesté

    Ce sont des gens visiblement inquiets du virage que le gouvernement semble vouloir faire prendre au Québec que nous avons rencontrés. « Après avoir fait miroiter que le la province serait un chef de file en matière d’énergies renouvelables et qu’elle atteindrait les objectifs du protocole de Kyoto, le gouvernement Libéral est allé appuyer l’exploitation des gaz de schiste, une énergie qu’on dit aussi sale que le charbon », confie Philippe Duhamel, organisateur de la marche pour un Moratoire d’une génération.

    Les marcheurs reprochent entre autres à cette exploitation de libérer du méthane, un gaz 17 fois plus puissant que le gaz carbonique quant à son effet de serre. Ils dénoncent aussi l’intention du gouvernement de se lancer dans l’exploitation du pétrole dans le Saint-Laurent et même de relancer le dossier du nucléaire.

    Au centre des débats se trouvait aussi le comité d’évaluation environnemental stratégique (ÉES). Plus tôt cette semaine, le Gouvernement du Québec a défendu son comité, dont la légitimité est contestée parce qu’il est majoritairement composé de gens de l’industrie, plutôt que de groupes environnementaux ou citoyens. Michael Binnion, grand patron de Questerre, a laissé entendre que les travaux du comité seraient une opération plus politique que stratégique, une interprétation que les organisateurs de Moratoire d’une génération n’ont pas tardé à reprendre.

    Ensemble pour changer les choses

    Ce périple illustre la persévérance, le dévouement et le désir de changer les choses. S’il est impossible de prédire quelle tangente prendront les dirigeants du Québec face au développement énergétique de la province et aux débats qu’il soulève, une chose se dégage de cette longue marche, c’est que les citoyens ont bien l’intention de prendre part au processus démocratique qui dictera leur avenir et surtout au façonnement de l’environnement dans lequel ils veulent vivre.

  • La coopération défie les frontières linguistiques

    3 juillet, 2011   Nicolas Falcimaigne
    « On parle ici de la création d’une nouvelle entité bilingue, qui pourrait parler d’une voix forte au niveau des gouvernements et qui pourrait mieux desservir, sans duplicata, les coopératives à travers le Canada. » – Marthe Hamelin, présidente du CCCM.
    Photo: N.Falcimaigne

    Halifax —

    Créer des liens coop. C’est le thème du Congrès qui a réuni le mouvement coopératif canadien à Halifax du 27 au 29 juin dernier. Francophones et anglophones de partout au Canada ont consacré leur semaine à discuter ensemble de la création d’une organisation qui regrouperait tout le mouvement coopératif du Canada, sans distinction linguistique. Cette question soulève évidemment l’enjeu de la protection des minorités francophones. Le mouvement coopératif réussira-t-il à surmonter l’obstacle redouté par toute la classe politique canadienne ? Une occasion de vérifier si la coopération se passe de frontières.

    Les mouvements coopératifs francophone et anglophone canadiens n’avaient pas tenu un congrès conjoint depuis celui de 2008 à Winnipeg. Cette fois-ci, ce sont les membres du Conseil canadien de la coopération et de la mutualité (CCCM), de l’Association des coopératives du Canada (ACC), du Conseil coopératif acadien de la Nouvelle-Écosse (CCANÉ) et du Nova Scotia Co-operative Council (NSCC) qui ont délibéré ensemble.

    Vers une seule organisation coopérative canadienne

    La proposition d’intégrer les deux organisations nationales en une seule est le résultat de deux années de discussion menées par un comité de partenariat composé de représentants des deux organisations. Si des lignes directrices et des principes généraux de gouvernance ont été établis par ce comité, les 200 participants au congrès ont tout de même eu à discuter de nombreux éléments pour être en mesure de se prononcer en assemblée générale sur la création d’une nouvelle entité. « On parle ici de la création d’une nouvelle entité bilingue, qui pourrait parler d’une voix forte au niveau des gouvernements et qui pourrait mieux desservir, sans duplicata, les coopératives à travers le Canada. On a eu beaucoup de résolutions et d’amendements, mais je pense que les membres, puisque nos membres des conseils provinciaux étaient très informés, sont prêts à faire un pas et à consacrer tous leurs efforts à l’année 2012, qui sera une vitrine pour les coopératives à la grandeur du Canada. », précise Marthe Hamelin, présidente du CCCM.

    Claude Gauthier, président de l’ACC, tout aussi enthousiaste, admet qu’il y a encore du chemin à faire. « Il faut être patients et s’assurer qu’on comprend bien les étapes à franchir. Il va falloir travailler sur ce que nos membres et notre communauté nous disent, en regard de ce qu’on propose et qui est un projet très global pour l’instant. La prochaine étape, c’est d’ajuster les détails définitifs en fonction de ce qu’on a appris et compris. C’est à nous d’ajuster le projet pour être sûrs qu’on rejoint une bonne majorité de notre membership. »

    Du côté du comité de partenariat, on salue le chemin parcouru. « J’ai participé au comité de partenariat et je vois qu’il y a eu beaucoup de travail de fait, reconnaît Hélène Simard, présidente du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM). Pour mieux se connaître, pour comprendre les organisations, les cultures organisationnelles, et essayer de bâtir, dans une perspective d’avenir, dans le respect des communautés et de l’identité des deux institutions fondatrices. »

    La nouvelle génération de coopérateurs semble déjà avoir relégué les clivages linguistiques au rang de reliques du passé. Victoria Morris, présidente du National Youth Caucus de l’ACC, pense qu’il est temps de passer à autre chose. « Nous voulons dépasser le paradigme de réalités séparées pour travailler ensemble. Parce que nous voyons qu’il y a plus d’opportunités à créer quelque chose de plus grand. »

    Au nombre des six grandes coopératives dont dépendra la nouvelle organisation, et qui s’y verront confier un siège, le Mouvement Desjardins, premier groupe financier au Québec, est favorable au regroupement et entend y assumer un leadership actif. « Nous y voyons beaucoup d’avantages parce que, simplement de faire comprendre aux Canadiens et aux Canadiennes les avantages du modèle coopératif, ça prend une organisation forte et Desjardins est prête à mettre ses billes, confirme Clément Samson, membre du conseil d’administration à titre de président du Conseil des représentants de Québec-Ouest et Rive-Sud. C’est au nom de nos valeurs, parce qu’on partage les mêmes valeurs à l’échelle canadienne, les valeurs coopératives, et on partage notamment celle de l’intercoopération, où on met ensemble des coopératives de moins grande taille et de plus grande taille, et nous sommes conscients qu’on a un rôle à jouer. On voit ça d’un bon œil de pouvoir partager autour d’une seule table nos défis et nos ambitions. »

    Débats linguistiques dans le berceau de l’Acadie

    Le gouvernement néo-démocrate de la Nouvelle-Écosse, province anglophone qui est aussi le berceau de l’Amérique française, a probablement délégué pour cette occasion son plus fervent francophile. C’est le ministre des Finances, Graham Steele, qui s’est adressé aux coopérateurs, principalement dans un  français impeccable. Interrogé en marge de l’événement, celui qui a la responsabilité des caisses populaires admet s’être lui-même questionné sur la pertinence de garder deux organisations différentes dans la même province. « Le Conseil coopératif acadien est assez petit, et basé à Chéticamp, il est un reflet de l’histoire de cette région, explique-t-il. Peut-être qu’ils ont peur de perdre la nature francophone de leur organisation s’il y a une fusion avec le réseau anglophone. Ici la population acadienne est seulement 3%, située dans des communautés isolées, et il y a toujours la crainte d’être assimilée dans un océan anglophone. C’est une question intéressante, la question de l’unité, qui va être posée au congrès, non seulement en Nouvelle-Écosse mais également au pays, de fusionner ces deux organismes. »

    Cette crainte trouve son écho chez les plus jeunes générations. Mélissa Basque fait partie du Comité consultatif jeunesse créé par la Fédération des caisses populaires acadiennes. C’est sa passion pour les coopératives qui l’a amenée à s’engager dans sa communauté de Tracadie-Sheila. « C’est sûr qu’on est toujours un peu inquiets. Quand tu vis près des Anglais, tu t’aperçois que, parfois, ils essaient de tirer la couverture un peu plus vers eux. Tu as toujours peur de perdre ta langue parce qu’on est minoritaires, ils sont beaucoup plus nombreux que nous. Tu as peur qu’ils se lèvent debout et qu’ils disent : « Nous autres, ont est beaucoup plus nombreux. On a le droit à ça, à ça et ça, pis vous autres vous êtes moins, fait que vous avez le droit à moins. » Surtout que nous, la jeunesse, on a un droit de vote au CCCM, et eux ne l’ont pas au CCA. On a peur de perdre ça aussi. On a tout le temps peur qu’ils essaient de prendre le dessus. Un Français, quand il rencontre un Anglais, la première chose qu’il fait c’est qu’il parle anglais. Il change sa langue et il parle anglais. Tu as toujours peur de te faire assimiler, c’est toujours une inquiétude. »

    Marco Plourde, président des jeunes coopérateurs et mutualistes du Canada, est aussi le responsable du Comité consultatif jeunesse des Caisses acadiennes. Il confirme que les délégations jeunesse du CCCM et de l’ACC n’ont pas les mêmes pouvoirs. « On ne veut pas perdre nos acquis, parce qu’on s’est quand même mobilisés pour avoir le poste qu’on a présentement, qui n’existe pas du côté anglophone. Donc si les deux organisations se marient pour former une nouvelle entité, c’est sûr qu’on ne veut pas perdre ça. Les mentions qui ont été faites hier d’avoir deux postes jeunesse correspondent à qu’on voulait : avoir un représentant francophone et un représentant anglophone qui siègent au niveau du conseil d’administration pour apporter la diversité des deux côtés parce que c’est pas toujours pareil mais ça prend quand même une bonne information. »

    Autre génération, même son de cloche. Coopérateur d’expérience, Marcel Garvie est président de Coop Atlantique et administrateur de l’ACC. « J’ai des inquiétudes parce que ça fait déjà 18 mois qu’on brasse cette idée-là, et d’entendre qu’une des organisations nationales se dit pas prête et dit vouloir aller consulter encore ses membres, c’est toujours un peu inquiétant. Est-ce qu’il y a anguille sous roche ? Pourquoi retarder indéfiniment ? En tant que président Coop Atlantique, je suis le seul représentant d’un organisme officiellement bilingue. Nous, on vit ça au quotidien, au Nouveau-Brunswick, cette méfiance entre les deux groupes linguistiques. Je ne suis pas surpris de la voir au niveau national. Rappelons-nous tout simplement l’échec du Lac Meech, par exemple. Au début, on était tous d’accord avec le principe général, ensuite on s’est mis à faire des caucus dans les chambres, et puis un beau matin, on s’est rendus compte que les anglophones ne voulaient plus embarquer. C’est ce qui risque d’arriver, c’est un danger réel. »

    Interrogés sur la protection des minorités linguistiques, les présidents du CCCM et de l’ACC affirment avoir à cœur la représentation de la diversité. Mme Hamelin pense « que le conseil d’administration va s’assurer que, même si les grandes coopératives francophones et anglophones sont représentées et ont des sièges au conseil d’administration, la diversité de l’est à l’ouest, en français et en anglais, sera à la table. Les petits n’ont pas à s’inquiéter, je pense qu’ils auront une place et on leur fera une place. » Pour M. Gauthier, au-delà des structures, la question linguistique doit trouver sa réponse dans l’engagement des membres. « L’intention aujourd’hui est très claire, mais avec les années, quand les gens se remplacent, la dynamique change. Si la communauté francophone perd de vue ce besoin-là elle-même, les gens qui la représentent vont mettre moins de priorité là-dessus. Ça dépend entièrement de la communauté francophone. Il faut qu’elle continue à jouer son rôle et d’être claire. »

  • Réinventer la démocratie sans partis politiques

    25 septembre, 2011   Marc Ouimet
    Jean Laliberté, Réinventer la démocratie. Pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections, Québec, éditions du Septentrion, 2011.
    Photo: N.Falcimaigne

    Montréal —

    Difficile de nier que le Québec soit actuellement en mode « brassage d’idées ». Devant les failles du système politique et de l’appareil d’État, qu’illustre notamment le rapport Duchesneau, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour en demander une refonte en profondeur. Jean Laliberté, qui vient tout juste de publier l’essai Réinventer la démocratie, aux éditions du Septentrion, propose l’instauration d’une démocratie participative. Survol d’un projet de société.

    Qu’est-ce que la démocratie ? Abraham Lincoln, ancien président américain, disait qu’il s’agit du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Winston Churchill, ancien premier ministre britannique, y voyait quant à lui « le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire ».

    L’idée de démocratie remonte à l’Antiquité grecque, à l’époque d’Athène, où les citoyens (desquels étaient exclus les femmes, les esclaves et les étrangers, soit 90 % de la population) se réunissaient à l’Agora pour discuter et décider des affaires de la Cité. La démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui remonte cependant au XIXe siècle et consacre le principe de souveraineté populaire par l’élection de représentants à un suffrage qui tendra progressivement à devenir universel (d’abord réservé aux propriétaires, puis aux ouvriers, aux femmes, aux Autochtones etc.).

    La démocratie élective : un système sclérosé

    Le système parlementaire qui prévaut au Québec a été instauré par l’Acte constitutionnel de 1791, ce qui fait du Québec l’une des plus vieilles démocraties du monde. S’installe dès lors la dynamique que l’on connaît aujourd’hui, soit le regroupement des députés en partis politiques qui se confrontent dans le cadre d’un système (le parlementarisme britannique) favorisant le bipartisme.

    Comme le démontre Jean Laliberté dans la première partie de son livre, ce système de partis politiques a, de tout temps, entretenu des liens serrés avec les particuliers et les entreprises alimentant les caisses électorales. Ces derniers sont alors récompensés lorsque le parti prend le pouvoir et contrôle l’appareil d’État et sa capacité de dépenser : « Quelle que soient les modalités mises en œuvre, les partis réussiront toujours à obtenir les fonds qui leurs sont nécessaires de même l’argent réussira tout autant à s’infiltrer dans les coffres des partis. Les rapports entre les partis politiques et l’argent sont véritablement incestueux » (p. 72).

    Ces conclusions ne sont pas sans rappeler le rapport Duchesneau, récemment coulé dans les médias et qui dénonce un système de collusion entre le financement électoral, le milieu de la construction et le crime organisé : « Nous avons découvert un univers clandestin et bien enraciné, d’une ampleur insoupçonnée, néfaste pour notre société aussi bien sur le plan de la sécurité et de l’économie que sur celui de la justice et de la démocratie. »

    Le diagnostic de M. Laliberté est également sans appel. Les nombreuses faillites et la corruption du système politique actuel – voire également de l’appareil d’État – alimentent avec raison le cynisme (pour ne pas dire le décrochage politique) d’une bonne partie de la population. Devant l’incapacité du système à se réformer, l’auteur propose rien de moins qu’une révolution politique : le passage à la démocratie participative.

    La démocratie participative : renouveler la politique

    Pour M. Laliberté, il importe de refonder le contrat social et la confiance liant les citoyens à l’État et aux institutions politiques. Or, celles-ci sont irrémédiablement discréditées et perverties dans leur forme actuelle. Pour remédier à cette situation, il propose d’instaurer un système qui pousse plus loin l’idéal démocratique en favorisant la participation citoyenne. Celle-ci ne se résume alors plus à un simple vote lors d’élections générales, mais offre plutôt la possibilité à tout citoyen de participer aux décisions collectives : « La démocratie participative vise à donner aux gens le pouvoir sur les décisions qui les affectent, à les impliquer dans la résolution des problèmes et à en faire des acteurs premiers du changement » (p.126).

    Le principal instrument de participation proposé par M. Laliberté est le Regroupement de bonne gouvernance, qui permet aux citoyens ordinaires de s’impliquer dans « l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques » dans un domaine particulier. Cette nouvelle structure, et d’autres également, vient donc remplacer le pouvoir exécutif arbitraire et soumis aux influences extérieures (notamment les lobby) d’un gouvernement et de ses ministres.

    Or, ce point précis, qui fait tout l’intérêt de la thèse de M. Laliberté, en constitue également, en quelque sorte, le maillon faible. L’implantation d’un système politique tel que celui proposé apparaît fort peu probable dans la mesure où il devrait l’être par un parti élu qui signerait alors son propre arrêt de mort.

    Ensuite, les travaux du philosophe politique Charles Taylor, connu comme co-président de la commission sur les accommodements raisonnables, nous rappellent qu’il importe aussi de prendre en compte « l’imaginaire social » d’un ensemble politique donné. L’idée est qu’un système politique et, plus profondément, la façon d’envisager les relation de pouvoir au sein d’une société découlent, au moins autant qu’ils le conditionnent, d’un cadre culturel particulier. En ce sens, la « révolution » politique définie par M. Laliberté devrait être accompagnée, voire précédée, d’une « révolution » sociale et culturelle qui ferait que l’éthique du vivre-ensemble proposée soit acceptée et intégrée par une bonne partie de la population.

    Le ras-le-bol généralisé qu’on observe présentement est peut-être la prémisse d’un tel renversement. Peut-être le Québec se rend-t-il compte que, pour adresser les enjeux du XXIe siècle, il importe de se doter des outils et façons de faire propres à notre époque, et non de ceux hérités des XIXe et XXe siècles. Au-delà du modèle particulier qu’il propose, M. Laliberté nous invite donc à penser la démocratie au 3e millénaire, et c’est sans doute son plus grand mérite.

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    Quelques réflexions récentes sur l’état de la politique au Québec :

    Lettre à Jean Charest, Voir, 20 septembre 2011
    http://voir.ca/jepenseque/2011/09/20/lettre-a-jean-charest/

    Manifeste pour un Québec dégrisé – Rompre avec l’idéal du vert-de-gris, Le Devoir, 21 juin 2011
    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/325901/manifeste-pour-un-quebec…

    Pour une politique du XXe siècle, La Presse, 9 septembre 2011
    http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201109/09/01-4432973-u…

    À lire :
    Charles Taylor, Modern Social Imaginaries, Durham, Duke University Press, 2004.

     

  • Au-delà de la carte électorale, la démocratie

    5 mars, 2011   Nicolas Falcimaigne
    Les débats ont donné lieu à des échanges entre les élus de plusieurs partis politiques. – Photo: N.Falcimaigne

    Québec —

    Le processus de refonte de la carte électorale, qui menaçait de faire disparaître plusieurs comtés en région, a été suspendu cet automne par le gouvernement du Québec. Quelques mois seulement pour trouver une façon de concilier représentation territoriale et représentation populaire. Le 11 février dernier, Solidarité Rurale du Québec a convié la population et les décideurs à un forum destiné à faire le tour de la question.

    Le contexte actuel fournit une occasion favorable d’élargir le débat, selon Claire Bolduc, présidente de Solidarité Rurale, et d’envisager une réforme globale des institutions démocratiques du Québec, au-delà de la carte électorale et du mode de scrutin.

    Chaque refonte de la carte électorale fait ressurgir le débat de la représentation des régions. Mais cette fois, l’impasse politique créée par la proposition de supprimer un comté libéral à la veille d’une élection complémentaire ouvre la porte à un débat auquel le gouvernement voudra prendre part et apporter des solutions.

    Les élus, en conflit d’intérêt ?

    Les partis politiques présents ont présenté leurs propositions lors du Forum. Pour Pascal Bérubé, député péquiste de Matane, il faut mettre sur pied une chambre des régions, tout en permettant une lus grande différence entre les comtés ruraux et les comtés urbains. « On est déjà éloignés géographiquement de la capitale, il ne faut pas en plus en être éloignés politiquement », scande celui dont le comté est menacé par la nouvelle carte électorale.

    Le député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, a pour sa part saisi l’occasion non seulement pour promouvoir le mode de scrutin proportionnel qui permettrait enfin à son parti de faire des gains, mais également pour dénoncer le peu de pouvoir que les citoyens ont réellement sur leurs ressources, une conséquences du déficit démocratique.

    Pour sa part, l’ancien ministre libéral des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a remis dans l’arène le projet libéral de réforme du mode de scrutin, tout en rappelant qu’il s’était heurté à une importante levée de boucliers. Il a également renchéri sur l’idée d’une chambre des régions. En réponse à une question de l’assemblée, l’ancien ministre a avoué que « oui, dans le système actuel, le Premier ministre a trop de pouvoir ». Il a également admis que les élus sont en conflit d’intérêt sur cette question et qu’elle devra être tranchée par référendum.

    C’est précisément ce que les citoyens présents ont réclamé. Un participant qui a assisté en 2003 aux États généraux sur la réforme des institutions démocratiques du Québec, a rappelé qu’il s’était alors « exprimé une volonté presque unanime d’avoir des changements ». Il s’est indigné de l’absence de résultats suite à cette démarche : « pour moi, la démocratie, c’est 50% plus un. Tant et aussi longtemps qu’on demande aux élus de bouger dans le cadre d’une réforme électorale, du mode de scrutin, on n’arrive à rien ».

    Claire Bolduc, présidente de Solidarité Rurale du Québec, Benoît Pelletier, ancien ministre libéral des Affaires intergouvernementales, Amir Khadir, député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire et Pascal Bérubé, député péquiste de Matane, répondent aux questions du journal Ensemble:

    La longue marche d’une révolution plus que tranquille

    L’adoption de la loi sur le financement des partis politiques, en 1977, n’était qu’une petite partie de l’ambitieux programme de l’époque, selon André Larocque, qui a été sous-ministre à la Réforme électorale et parlementaire pendant les deux mandats de René Lévesque (1977-1985). Cinq des dix mesures législatives prévues restent encore en suspens, dont la réforme du mode de scrutin, l’initiative populaire, les élections à date fixe, la séparation des pouvoirs exécutif et législatif et la décentralisation des pouvoirs vers les régions.

    En 2002, le gouvernement Landry a lancé une vaste consultation nationale, menée par un comité directeur présidé par Claude Béland, qui venait de quitter la présidence du Mouvement Desjardins. Cette consultation s’est conclue par des États généraux en février 2003. Un rapport présentant les détails d’une réforme globale, adoptée par les 1000 délégués, a été déposé. Quelques semaines plus tard, les Libéraux ont pris le pouvoir et enterré cette démarche.

    Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a ensuite présenté une réforme du mode de scrutin pour inclure des éléments de proportionnelle, mais le projet n’a jamais été adopté. Pendant ce temps, plusieurs mouvements ont continué de militer pour une réforme en profondeur.

    Le Mouvement Démocratie et citoyenneté du Québec (MDCQ), présidé par Claude Béland et porteur des conclusions des États généraux, souhaite la tenue d’une assemblée constituante où plusieurs centaines de citoyens représentatifs du Québec rédigeraient une constitution à adopter ensuite par référendum. Le Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), présidé jusqu’à récemment par Mercedes Roberge, en plus de publier des outils pédagogiques sur la question, fait régulièrement des représentations pour un nouveau mode de scrutin. Le programme de Québec Solidaire s’inspire de ses recommandations.

    Enfin, on doit probablement la mobilisation actuelle à la Coalition pour le maintien des comtés en région, qui rassemble autour de l’ancienne députée fédérale bloquiste Suzanne Tremblay, la Coalition Urgence rurale du Bas-Saint-Laurent, ainsi que les Conférences régionales des élus du Bas-Saint-Laurent, de la Chaudière-Appalaches et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Cette coalition s’est formée dès le dépôt du projet de nouvelle carte électorale, poussant le gouvernement à suspendre le processus.

    Lire aussi: Restaurer la confiance des Québécois envers leurs politiciens – La constitution d’une démocratie, par Simon Béland

  • Réflexion culturelle sur le Québec, le bacon et le Ramadan

    28 août, 2011   Andrée-Anne Côté-St-Laurent
    Cette interdiction de mettre quoi que ce soit dans la bouche pendant les heures de lumière et donc de chaleur devient un véritable défi lorsque cuisiner est son métier.
    Photo: AA.Côté-St-Laurent

    Montréal —

    Le dimanche 1 août, au Vieux Port de Montréal, des gens venus de partout se rendent dans les restaurants pour « bruncher ». En ce premier jour du Ramadan, Mustapha Sohayd, caché derrière les fours de cuisine, concocte des assiettes de bacon, creton, jambon et saucisses de porc fumées. Alors qu’il commence déjà à se déshydrater, dans la cuisine du restaurant, ses collègues lui souhaitent un bon ramadan. « Ramadan Karim Mustapha ! ».

    Des restaurants ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des crémières et des pâtisseries offrants leurs gourmandises en vitrine, des bars festifs, un rythme de vie effréné, le Québec offre un amalgame de tentations pour les musulmans qui consacrent leur énergie au jeûne du Ramadan. Cette interdiction de mettre quoi que ce soit dans la bouche pendant les heures de lumière et donc de chaleur devient un véritable défi lorsque cuisiner est son métier.

    Aujourd’hui résident permanent, Mustapha est à son cinquième jeûne depuis qu’il est arrivé au Québec en 2007. En plus de devoir pratiquer le ramadan tout le mois d’août avec l’odeur des frites et de la viande hachée sur le grill, le jeune Marocain de 27 ans doit le faire loin de sa famille. Même s’il s’est bien intégré dans la culture québécoise et comprend les différences entre les deux modes de vie, il se sent seul. « Je n’ai pas beaucoup de gens autour de moi pour m’encourager et me donner la force, s’essouffle-t-il. Je me sens fatigué mais je le fais quand même parce que c’est obligatoire pour les musulmans. »

    Affamé, assoiffé et épuisé après avoir mis son corps à rude épreuve toute la journée, il se laisse transporter pendant 40 minutes dans les transports en commun mal aérés de Montréal. Il rentre ensuite chez lui, où il doit cuisiner son repas de rupture de jeûne. La tradition veut que ce moment soit rassembleur et gourmand, comme un repas de Noël pour les chrétiens. Mais depuis cinq ans, c’est pour lui comme célébrer Noël seul. « Il y a parfois les amis, mais ce n’est jamais suffisant », dit-il sur un fond d’amertume.

    Cette tradition recommandée pour les fidèles du Coran n’est pas connue ni reconnue ici et cela, ses collègues ne tardent pas à le lui faire remarquer. Ils mangent et boivent allègrement devant lui, par habitude surtout. C’est avec un regard vide et le sourire endormi qu’il exécute son travail sans broncher. « Je serais fautif de leur demander de faire ça loin de moi. Même s’il fait très chaud dans la cuisine et que je ne peux pas boire d’eau, ca fait partie du défi et Allah me donne la force de continuer », admet le jeune homme, rieur de nature.

    L’Islam au Québec

    Selon l’imam Saïd Fawaz de la mosquée Al-Ummah-Islamiah de la rue Saint-Dominique à Montréal, la plus grande difficulté à pratiquer le ramadan au Québec est que la tentation est partout. « Chez nous, tout les restaurants sont fermés en journée et n’ouvrent qu’au coucher du soleil. De plus, nous pouvons célébrer les fêtes religieuses comme on le veut et pendant plusieurs jours. Il y a aussi l’appel à la prière qui ne dérange personne et les horaires de travail adaptés pour tous. »

    Selon l’imam d’origine libanaise et résidant au Québec depuis trente ans, même si le Québec n’a toujours pas fait don de son âme, l’intégration de la religion islamique se fait bien. Selon lui, il y a une notion très présente de respect pour les autres cultures, en particulier à Montréal. « Nous n’avons pas de problème pour pratiquer ouvertement parce que nous n’allons pas dans l’excès et nous respectons les lois. C’est pour cela que les autres nous respectent je crois », affirme-t-il entre deux appels téléphoniques où il offrait des conseils religieux.

    L’Islam avant le jeûne

    Mis au courant de la situation de Mustapha et du fait qu’il doit cuisiner du porc et travailler en grande chaleur, l’imam hoche la tête en signe de compréhension. Même s’il s’est réconcilié avec la vue du bacon après 30 ans, il précise que c’est interdit. « On ne peut pas forcer les autres à suivre l’Islam à la lettre. Pour travailler ici et vivre normalement, il faut faire certaines concessions. Mais Allah est miséricordieux. Il pardonne », dit-il du ton rassurant. Et c’est d’ailleurs ce qui fait que Mustapha persévère. « L’Islam c’est l’Islam, et les gens ce sont les gens. On ne peut pas confondre les deux, explique Mustapha en faisant référence aux écrits sacrés. Nous avons des règles pour nous aider à vivre, pour servir Allah, mais après, Dieu comprend que nous ayons certaines contraintes à respecter. Le travail aussi c’est important. »

    Certains diront que le jeûne est inhumain. Certes, il requiert une grande force intérieure. Mais quand une femme est enceinte ou a ses règles, le ramadan est proscrit. Si quelqu’un est malade ou a des malaises, il peut aussi rompre son jeûne pendant une ou plusieurs journées et les reprendre dans l’année. Cependant, cette année est particulièrement difficile parce que les 30 jours du ramadan occupent le mois d’août. Comme le calendrier musulman suit la lune et recule d’environ 11 jours par an, les prochains ramadans seront encore plus difficiles, car les grandes chaleurs du Québec, du Maghreb et du Moyen-Orient joueront contre tous, en particulier dans les cuisines.

     

  • MEC – Plus que quelques heures pour voter

    30 mars, 2011   Caroline Pelletier
    Utilisation du matériel de Mountain Equipment Co-op dans le Nord du Canada, « où la qualité peut faire la différence entre la vie et la mort. » – Photo : C.Pelletier

    Iqaluit —

    Jusqu’au 31 mars, les 3,3 millions de membres de Mountain Equipment Coop (MEC) sont appelés à voter pour les trois candidats de leur choix. Le processus se veut démocratique et accessible : que ce soit par téléphone, par la poste ou via le site web de MEC, on veut permettre au plus grand nombre de voter.

    Ce sont dix candidats qui se disputent l’un des trois sièges à combler au conseil d’administration de la coopérative. Siéger au sein d’une coopérative qui compte quelques millions de membres à la grandeur du pays constitue un beau défi. On a voulu savoir comment les candidats comptaient le relever. Six d’entre eux ont répondu à nos questions.

    D’emblée, la majorité des candidats a dit vouloir mettre à profit leur expérience afin de poursuivre le travail amorcé par la coopérative. Ainsi, Dru Oja Jay (QC) propose « rien de nouveau », dit-il. Il désire simplement que MEC « remplisse ses obligations en vertu de ses propres principes de fonctionnement » en termes de coopération entre les coopératives et d’engagement envers la communauté, par exemple. « MEC pourrait parrainer un envoi postal annuel à ses membres dans une région, avec des promotions de coopératives locales, des prix sur une base de recouvrement des coûts », propose Dru Oja Jay.

    Démocratie, justice sociale, éthique et environnement

    L’ensemble des candidats paraît partager les valeurs de démocratie, de justice sociale, d’éthique et de respect de l’environnement que préconise MEC. « En matière de sous-traitance, MEC a fait preuve de courage et de transparence en essayant de trouver des usines éthiques dans le monde. Malheureusement, certaines de ces usines sont dans des pays subissant des conflits politiques qui peuvent ou peuvent ne pas correspondre à nos valeurs collectives en tant que Coop et en tant que société », explique Gail Sullivan (QC).

    L’un des défis de MEC, comme de toute coopérative, est l’augmentation du nombre de ses membres. Selon le candidat Blair Hammond (C.-B.), le pourcentage de Canadiens qui s’adonnent à des activités de plein air a diminué. Hammond se propose donc de « renverser cette tendance en travaillant avec d’autres membres de la communauté de plein air, des organismes responsables des parcs locaux, provinciaux et fédéraux et de nouveaux partenaires (tels les sociétés de services aux immigrants). » Dans le même ordre d’idée, Jonathan Gallo (AB) croit qu’une population plus active et davantage en contact avec la nature est plus encline à protéger l’environnement.

    Il y a maintenant deux ans que Morrie Schneiderman (NU) fait campagne, misant sur le fait qu’il soit le seul candidat du Nord du Canada à être dans la course. Ce qu’il propose : aider MEC à faire face au défi de l’approvisionnement en temps d’inflation et « fournir de l’équipement de qualité à davantage de Canadiens, en particulier ceux du Nord du Canada où la qualité peut faire la différence entre la vie et la mort. »

    Au total, quatre des candidats en lice bénéficient d’une expérience au sein du conseil d’administration de Mountain Equipment Coop, dont Bill Gibson, Shauna Sylvester, Anders Ourom et Shawn Mitchell, tous de la Colombie-Britannique. Pour Bill Gibson, qui y a siégé sept ans en plus d’avoir été chef de la direction de 1992 à 1999, il faut se « concentrer sur la poursuite de ce qui a fait de MEC le détaillant de plein air dominant au Canada. » Pour être candidat, il ne s’agit pas seulement d’être amoureux de plein air. « MEC a besoin d’administrateurs qui comprennent bien le monde des affaires », ajoute Gibson.

    L’enjeu de la représentativité

    Le conseil d’administration de MEC compte actuellement neuf membres, dont six de la Colombie-Britannique, deux de l’Atlantique (Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard), ainsi qu’un membre de l’Ontario. La candidate Gail Sullivan a soulevé la question de la représentativité. Selon elle, la tenue de l’assemblée générale annuelle à Vancouver limite la participation des membres actifs. Bien que Sullivan ne soit pas certaine que de déplacer l’AGA soit la solution, « il est essentiel de s’assurer que la direction de la Coop reflète un pourcentage représentatif des souhaits des membres », indique-t-elle.

    Pour une meilleure compréhension des réalités régionales, certains organismes nationaux ont préféré accorder des sièges par province/territoire ou encore, par région (Ouest, Centre, Atlantique, Nord). Quoique MEC n’ait pas de points de vente dans chaque province/territoire, l’organisation est bel et bien présente à la grandeur du pays grâce à son service de livraison.

    Les membres des régions isolées du Nord du Canada – pour qui MEC représente souvent l’accès à de l’équipement de plein air abordable et de qualité –, mais aussi les Prairies et le Québec, ne sont jusqu’à maintenant pas présents dans le processus décisionnel. La coopérative pancanadienne s’offrira-t-elle pour ses 40 ans une plus grande représentativité de l’ensemble des régions du Canada ? La réponse est dans l’urne.

    ——-

    Pour voter

    • Être membre de la coopérative Mountain Equipment Co-op, condition nécessaire pour acheter quoi que ce soit dans un magasin MEC, confère le droit de vote, et ce, à vie.
    • Les clients qui ont acheté chez MEC mais qui ont perdu leur numéro de membre peuvent obtenir de l’aide au 1 800 474-7704.
    • L’élection en ligne a commencé le 24 février 2011 et se termine le 31 mars 2011 à midi (heure du Pacifique).
    • Pour voter, il suffit de se rendre sur le site de MEC et de choisir de donner son appui à un, deux ou trois candidats parmi les dix, après avoir consulté leurs programmes détaillés. Certains candidats ont même un site Web.

  • Culture : un titre créatif, non ?

    2 décembre, 2010   Stéphanie-Élizabeth Le Sieur
    Certains participants de l’atelier Créativité et innovation ont voulu dès le début changer leur paradigme en tournant la table ronde de discussion à l’envers. Photo: N.Falcimaigne

    À la demande de l’animatrice de groupe, les GEDI prennent un crayon et plongent toutes leurs pensées sur papier, ils écrivent de plus en plus rapidement pour noircir cette feuille blanche qui se trouve devant eux. On leur demande de vider leur esprit. Voilà comment l’atelier Créativité et innovation a débuté : par un exercice d’écriture automatique dans le but de faire émerger la créativité des participants par la suite.

    Dans la poursuite de l’activité, chacun y est allé de sa définition personnelle sur le thème. Tel un ballet de mots, des expressions comme « oser pousser plus loin une idée, douter, voir la réalité d’un autre angle, faire les choses autrement, penser à l’extérieur de la boîte, savoir s’adapter et trouver une solution à un problème complexe, rester à l’avant-garde » se sont mises à danser sur les lèvres de la trentaine de personnes présentes.

    Changer ses paradigmes

    Dans le partage d’idées, plusieurs participants ont extrapolé la créativité au sens large, dépassant l’aspect économique de l’innovation face à la concurrence. Ils ont affirmé que tous avaient un potentiel créatif et qu’on gagnerait, comme société, à l’exprimer davantage. Comment ? En l’encourageant dès le primaire. Pourtant, avec son approche par projet, le Renouveau pédagogique abonde déjà dans ce sens. D’après les Y, la créativité doit aller encore plus loin et non seulement à l’école, mais dans toutes les sphères de la société.

    Très jeune, on souhaite que les enfants se comportent comme des adultes responsables. On éteint leur créativité à petit feu en les mettant dans des cadres. Sortir du cadre ne signifie pas la rébellion, mais ça permet de voir la réalité autrement. Comme l’a dit l’animatrice du groupe : « Il y a toujours une forme d’ordre qui émerge du désordre. » Accepter la créativité, c’est accepter la différence, les parcours hors norme. C’est aimer les moutons noirs autant que les moutons blancs. C’est aussi transformer l’échec en une expérience positive, car dans le processus innovant on ne réussit pas toujours du premier coup.

    Les participants aimeraient également changer ce paradigme qui associe la créativité aux artistes. « Tous tireront avantage d’un développement de leur capacité à innover, c’est-à-dire de faire appel à leurs ressources subconscientes en complément. Le menuisier, le cuisinier que l’avocat, l’artiste ou l’ingénieur aéronautique feront usage de cette capacité. C’est la moitié de notre cerveau, à peu près, qui est en cause ici. Ce que l’on obtient du travail combiné des deux hémisphères dépasse de loin la somme des deux », pense François Cliche, l’un des participants.

    Un Sommet innovateur ?

    Le Sommet Génération d’idées a-t-il finalement été porteur d’idées innovatrices? Au dire de l’un des participants en plénière de clôture, pas vraiment. D’après lui, les 20 grandes solutions énoncées sont excellentes, mais aucune d’entre elles n’est vraiment à l’image de l’innovation que nous sommes capables de générer.

    Quoi qu’il en soit, la génération Y compte bien donner des suites à ce Sommet afin d’utiliser ensemble sa créativité dans la résolution des problèmes de demain.

    NDLR: Article paru dans l’édition spéciale publiée à tirage limité dans le cadre du Sommet Génération d’idées, tenu du 26 au 28 novembre 2010 à Montréal.

  • Tricotés serrés : Gatineau célèbre la diversité culturelle

    23 août, 2011   Vanessa Hébert
    Des danses traditionnelles colombiennes ont été présentées à l’occasion de la Journée gatinoise de la célébration de la diversité culturelle.
    Photo: V.Hébert

    Gatineau —

    La toile sociale de l’Outaouais n’est pas tissée uniquement de pures laines. De fil en aiguille, la culture de la région s’est étoffée avec la venue d’immigrants amenant dans leurs bagages des idées, des saveurs ainsi que des rites venant d’ailleurs. Gatineau a célébré pour la septième fois, le dimanche 21 août, sa diversité culturelle. Son thème choisi rappelle une expression québécoise appliquée à sa réalité ethnique : Gatineau, une ville tricotée serrée.

    La Journée gatinoise de la célébration de la diversité culturelle offrait plusieurs activités pour tous les âges. Des spectacles colorés illuminaient la scène principale par le chant et la danse. Des mets de partout autour de la planète s’offraient aux gourmands curieux dans un salon portant bien son nom : Saveurs du monde. Le marché artisanal et le salon des artistes exposaient des objets exotiques. Les citoyens avides d’information pouvaient aussi se renseigner auprès des kiosques thématiques. Des courts métrages étaient présentés toute la journée pour éclairé les enjeux vécus par les immigrants.

    Plusieurs activités se voulaient interactives pour éveiller la créativité des citoyens. Le Mini Club International amenait le thème de la diversité culturelle dans les bricolages, les maquillages et les lectures des enfants. Planète-Ado donnait la possibilité de s’exprimer à travers le thème de la journée avec des artistes-graffiteurs. Une murale faite par de jeunes Gatinois sous la direction de Marcio Melo, un artiste de la région aux origines brésiliennes, fut inaugurée pour illustrer leurs perceptions des différentes composantes de leur communauté.

    Dialogue entre ici et ailleurs, la Maison du citoyen voyait la société gatinoise se raconter à elle-même par les différents points de vue de ses communautés culturelles. Pour la conseillère municipale et responsable du dossier de la diversité culturelle, Mireille Apollon, c’est une occasion de souligner le développement social amené par l’immigration. Le président de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du Patrimoine, Stefan Psenak, ajoute que « cet évènement démontre notre diversité artistique locale et notre dynamisme. »

    Pour mieux comprendre l’autre

    Pour le professeur agrégé en sociologie à l’Université d’Ottawa, Philippe Couton, le côtoiement interculturel entraîne des échanges positifs. Ceux-ci se reflètent dans la politique, l’économie, le milieu artistique, les innovations et plusieurs aspects sociaux. « Cependant, la xénophobie et les incompréhensions viennent parfois semer des comportements interculturels hostiles. » À son avis, une initiative comme la Journée gatinoise de la célébration de la diversification culturelle est un pas vers l’avant. « C’est une mise en contact, une façon de publiciser les cultures pour mieux comprendre l’autre. » Il est difficile de résumer une culture puisqu’elles sont toutes complexes. « Il y a donc un risque de folkloriser, de créer des stéréotypes. C’est comme résumer les Québécois à la poutine », illustre-t-il. Ce genre d’évènement entraîne tout de même davantage d’aspects favorables, dont l’éveil de la curiosité des individus.

    « Vu le tissu social de l’Outaouais, c’est une nécessité d’avoir une telle journée pour encourager le rapprochement interculturel », déclare l’agente à la diversité culturelle, Manuelle Ann Boissonneault.  Des recherches de Theodomir Muligo, doctorant de l’Université du Québec en Outaouais et de Ramana Zanfongnon, démographe de la ville de Gatineau, démontrent que la région accueille près de 1 500 citoyens immigrants par année. Il est aussi dit qu’un Gatinois sur dix est né à l’étranger.

    Groupes d’accompagnement

    Avec autant de gens venant d’autres pays, l’Outaouais compte plus de 80 groupes d’accompagnement. Ces groupes permettent une meilleure intégration aux nouveaux venus. Des coups de pouce pour trouver un logement aux conseils pour ouvrir un compte de banque, c’est une aide importante qui leurs est offerte, explique Manuelle Ann Boissonneault. Ces organismes qui offrent information, recommandations et soutien étaient présents le 21 août. « La Journée gatinoise de la célébration de diversité culturelle, c’est aussi une belle occasion pour se rencontrer et travailler ensemble. »

    Voilà quelques années que le débat des accommodements raisonnables est venu secouer  la symbiose culturelle au Québec. « Cela a porté ombrage aux belles rencontres quotidiennes entre cultures », admet la professeure agrégée en anthropologie à l’Université d’Ottawa, Natacha Gagné. Plusieurs communautés vivent avec peu de frictions poursuit-elle en citant l’exemple de Gatineau.

    Étant de plus en plus multiculturelle, cette ville accueille des gens de partout autour de la planète. « L’ouverture et l’esprit d’entraide chez les Gatinois sont des points qui sont souvent perçus par les immigrants. La réaction des citoyens de Gatineau envers l’immigration est hyper positive », précise Manuelle Ann Boissonneault.

    Entre le rythme effréné des tambours africains, l’odeur exotique de la cuisine chinoise et les danses latines, l’Outaouais réussit à se tisser une identité. Quoique toutes différentes, chacune des mailles connecte avec la suivante parce que les citoyens emmitouflés dans le tissu social y sont tricotés serrés.